Origine du Carnaval en Guadeloupe

La coutume du carnaval aux Antilles, fut introduite par les Français catholiques qui voulaient faire la fête avant les restrictions qu’ils s’imposaient pour le carême, mais très vite les Antillais marquèrent de leur empreinte ces festivités en créant des déguisements originaux et des masques rappelant leurs origines africaines et en noyant le tout dans les rythmes du tambour.

Après des éclipses, dues au cours souvent tragique de l’histoire de l’île, le carnaval renaît de ses cendres depuis quelques décennies et mobilise à nouveau la Guadeloupe pour une allégresse générale et débordante entre l’épiphanie et le Mercredi des Cendres. Grâce au dynamisme des comités récemment créés et au sens très prononcé de la fête des Antillais, la Guadeloupe peut être fière aujourd’hui de son carnaval.

En Guadeloupe le carnaval n’est pas un spectacle placé sous vitrine payante pour touristes, c’est une fête véritablement populaire qui se vit et qui se danse autant par les participants que par la foule des badauds qui se comptent par milliers. Aussi, laissez-vous envoûter par les rythmes du carnaval, déliez avec vos jambes et plongez dans la marée humaine que le son du Gwo-ka fait onduler dans la ville, c’est certainement la seule façon de vivre le carnaval...

Les premiers cortèges défilent dans les rues des bourgs dès les premiers jours de janvier. Ce sont tout d’abord les enfants des écoles que les parents et les maîtresses griment et déguisent en fonction de thèmes concertés : petits diablotins, animaux, fleurs, papillons ou même, Superman ou Zorro. Les petits Guadeloupéens ne sont pas les derniers dans la danse pour laquelle, aux Antilles, chacun naît avec des dispositions naturelles.

A la sortie des bourgs et près des plages les gamins des campagnes barrent les routes secondaires chaque dimanche et réclament aux automobilistes le don traditionnel pour le carnaval. C’est l’occasion de joyeuses parties entre copains à faire claquer des fouets et à se donner des airs de bandits de grand chemin.

Concours de musique, de chansons (dont les paroles sont souvent à cette occasion très crues), de biguines, et élections du couple royal de l’année, sont aussi au programme des festivités. Mais l’ambiance la plus chaude est dans la rue chaque dimanche, pendant les jours gras et le Mercredi des Cendres pour les défilés costumés de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre.

Les groupes de "mass à goudron", "mass à cornes" se suivent dans un interminable cortège sautillant. Des camions décorés déversent dans ce brouhaha la musique plus élaborée de steel-band, de soca ou de jump’up.

La Place de la Victoire, au centre de Pointe-à-Pitre, grand rond-point du défilé carnavalesque, est engloutie par une étonnante vague humaine qui gronde et ondule. Les curieux montent à l’assaut des branches de ces arbres impassibles, ils escaladent les réverbères : il faut savoir donner du coude à l’occasion afin d’entrevoir parmi les têtes, les somptueux habits de paillettes colorées de la parade.

Et si les hommes s’affublent volontiers de costumes grotesques qui déclenchent une hilarité facile sur une foule conditionnée ("nègres-gros-sirop", travestis burlesques et faux couples de mariés mal assortis), les Guadeloupéennes, quant à elles, savent mettre en valeur leur élégance naturelle enjouant des épaules et des jambes sous des draperies satinées étincelantes. L’excitation donne faim et soif, c’est pourquoi l’euphorie gagne également les marchands de beignets, de "Snow-Ball", de sorbet coco et de boissons fraîches. "Nou kay brulé Vaval !" L’apothéose finale du carnaval se déroule le Mercredi des Cendres, la population s’habille exclusivement de noir et de blanc, et descend dans les rues en demi-deuil, en quelque sorte, pour l’enterrement de Vaval.

Vaval, un pantin de son sur lequel on colle un masque, est condamné le soir au bûcher à la fin de son parcours victorieux. Torches en mains la foule surexcitée la nuit par le spectacle du feu, danse et chante autour de Vaval qui crépite et se consume. Cette scène rappelle en tous points certaines cérémonies vaudous. Ce soir-là, Haïti n’est plus si loin... Vaval se meurt, Vaval est mort, vive Vaval.

Mais plus d’inquiétude à son sujet, Vaval renaîtra de ses cendres l’année suivante, plus victorieux encore, pour le plaisir des yeux et pour un défoulement général, bon enfant, attendu et toujours salutaires dans un pays où les gens ont le sang chaud et où les problèmes ne manquent pas.